Blog notes numéro 5. Commentaire sur les commentaires.

Publié le par Adam Pianko

illustration Mathieu LANDRY

Lorsque je me suis lancé dans l’aventure de ce blog, je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit de tout repos. Mais pas non plus à ce qu’elle me fasse retomber dans une dépendance pénible, la même dépendance aux chiffres que celle que j’avais connue  lors de mes années « prêt-à-porter ».

 Dans le prêt-à-porter, le commerce des vêtements, les chiffres sont une donnée primordiales, avec laquelle on doit absolument compter. Un magasin qui ne fait pas assez de chiffre n’a d’autre perspective que de fermer. Alors qu’un écrivain peut écrire dix romans, sans qu’un seule ne connaisse le succès, et continuer à être publié. Lorsque je m’occupais de mon magasin, il y avait un grand livre, un grand cahier sur lequel chacune des ventes était notée. Chaque matin, la première chose que je faisais était de le consulter. En devenant écrivain, j’avais l’espoir que ça allait changer. Il n’y a pas, pour les écrivains, de grand cahier des ventes, sur lesquelles celles de leur dernier roman sont notées quotidiennement. Un de mes amis, écrivain lui aussi avait pour habitude, dans les jours qui suivaient la sortie d'un de ses romans de se rendre chaque jour dans une  librairie, où il comptait la hauteur de sa pile, de combien d’exemplaires elle avait diminué. A partir de ce chiffre, qu’il multipliait par un coéfficient dont il avait lui seul le secret, il croyait être en mesure d’estimer  celui, total des ventes dans tout le pays. Avec mes dix années d'expérience d'une vraie comptabilité, je voyais bien que cet exercice en était très loin, qu'il relevait au mieux de la divination, au pire de la magie. Comment peux-tu savoir, lui disais-je à chaque fois, lorsqu’une pile n’a pas bougé comment sais-tu si ça correspond à si une absence de vente, où si  c'est d’un double mouvement, de vente et de réassortiment? 

Je croyais donc m’être débarassé de cette manie, mais je m’aperçois qu’avec ce blog, elle revient. Elle revient au galop. Chaque matin en me réveillant, mes premiers pas me portent vers mon PC, sur lequel je consulte, le cœur battant, le chiffre des ventes de la veille. Je veux dire les chiffres de la fréquentation. Combien de visiteurs sont venus? Combien de pages ont-ils parcourues ? Combien d’articles ont-ils  consultés ? Combien de temps sont-ils restés ? Combien ? Combien ? Combien ? De cette suite de chiffres, que l’ordinateur central de l'administration de mon blog a préparés pour moi pendant la nuit, dépend de nouveau mon humeur de la journée.

 Pour le moment, je vous rassure les chiffres sont plutôt bons. Vous êtes de plus de plus nombreux. A supposer bien sûr que vous existez. Si tant est que mes statistiques ne mentent pas, j’ai quelques raisons de croire que vous vous y plaisez un peu, dans mon étrange magasin, puisque vous y restez relativement longtemps, et que si vous n’y achetez rien, vous y revenez tout de même volontiers. Fréquentation, nombre de pages consultées, nombre de visiteurs directs, ceux qui reviennent sponantément, c'est-à-dire sans passer par un moteur de recherches, toutes mes statistiques augmentent, à une exception près : vos commantaires, dont le nombre reste toujours proche de zéro. Amis bloggeurs, j’ai un reproche à vous faire, un reproche très grave: vous êtes trop discrets.  

 Trop discrets, et peut-être trop aimables. Sur les quinze articles qui sont en ligne jusqu’à présent, un seul a donné lieu à un échange de commentaires conséquent, et force m’est de constater que cet échange a commencé par un message qui n’était pas un compliment.

 « Ton blog est à l’image de ta photo, austère et chiant. Tous les auteurs de bouquins ne sont pas des sex symboles comme PPDA. Ils feraient mieux ne pas se montrer. ».

  Posté le 19 septembre dernier, le message était signé « Boby la pointe ».  

     Boby, j’aurais dû t’embrasser, au lieu de pester contre toi. Si j’avais pu, si j’avais su où t'écrire,  je l’aurais fait, pour te dire par exemple que si tu étais était une pointe, tu n’avais rien d’une épée. Heureusement je ne l’ai pas fait, et quelques  heures plus tard,  une certaine « Marianne capricieuse » surgie de nulle part me vengea.

 « Je ne suis pas d’accord avec toi, a-t-elle écrit à l'intention de Boby. Ce blog n’est pas tellement austère, et pas chiant du tout. Quant à ta remarque sur le physique de l’auteur, je pense que tu dois être jaloux. En tous les cas, je le trouve autrement plus intéressant, plus sexy  que le présentateur de télé auquel tu fais allusion. »

 Boby n'a fait ni une di deux, il a relevé le défi.

    « Marianne, si tu étais un petit peu cultivée, tu saurais que PPDA n’est pas que présentateur du JT. C’est aussi un auteur. »

  Suivait une liste de romans, qui n’a nullement impressionné Marianne, visiblement plus  fan de Musset que de PPDA.

     « Cher Boby, a-t-elle posté, PPDA est peut-être un auteur, mais on peut se demander s’il serait aussi connu, et aussi lu s’il ne présentait pas le journal à la télé. En ce qui me concerne de ta liste,, je n’en ai lu aucun. Mais si tu m’indiques celui que tu préfères, je veux bien faire l’effort d'essayer. »

  Cette fois, Boby se l’est tenu pour dit. Il n’a pas insisté, mais l’échange de posts n’était pas terminé. Une certaine « Senh » est venue relancer le jeu, en écrivant un commentaire,  éloquent à coup sûr, mais peut-être un peu trop élogieux.  

 « Hehé,  moi aussi j’ai ce coté un peu bête qui m’empêche de lire les livres écrits par des « people », mais bon il y a des gens talentueux à la télé. Mais je n’étais pas  venue pour dire ça, je voulais encourager l’auteur de ces petits billets…J’ai cliqué sur un lien sur un forum littéraire, l’ « anarchistecouronne », et ce fut une bonne surprise. Concernant le livre, ce n’est pas mon genre de lectures habituelles, l’auteur n’est pas encore enterré. Et surtout avec la rentrée, mon budget livres est un peu court …Mais je crois que j’ai un coup de cœur pour celui là, alors un de ces jours proches, il y a des chances que….

  Que peut-on répondre à un commentaire comme celui-là ? Rien. Et d’ailleurs, depuis c’est le silence complet. A l'exception de Senh qui revient de temps en temps, plus personne ne m'écrit. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans BLOG NOTES

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Commenter cet article

elisabeth 27/10/2005 13:25

moi, je suis choquée par Bobby la pointe. pourvu qu'il ne se pointe pas sur mon Bl:og. il va me dire qu'il ya des ours à la guimauve monstueusement ch.

Senh 22/10/2005 17:46

Chère Marianne Capricieuse (c'est marrant ça fait un peu nom de scout), c'est-à-dire que comment dire... non, rien... ce n'est strictement rien, à peine une esquisse de... ça alors, je fais des études de lettres et j'oublie comment on appelle ça... ah, oui ! Une antiphrase ! C'était une esquise, un semblant d'antiphrase qui servait d'amorce à un commentaire que j'avais envie de poster sans savoir quoi y mettre. Ce que je disais dans le premier paragraphe de mon commentaire avait la même fonction que le "Alors, ça va ? Quoi de neuf ? " Dans une conversation courante.

Tiens, même que ça s'appelle la fonction phatique : http://college-de-vevey.vd.ch/auteur/cybergraines/phatique.htm

Mais c'est un peu raté, apparemment :)

Rien de grave, donc, sans antiphrase.

Houafa Questidi 22/10/2005 17:10

Ce n'est pas très bien, de modifier la ponctuation, mais c'est tout de même moins grave que de diffuser, dans une émission de télé, des SMS à contenu raciste que personnne n'a envoyés.

Marianne Capricieuse 22/10/2005 12:13

On va peut-être me targuer de complaisance, mais franchement Senh, je ne trouve pas que les ajouts et autres variations par rapport à ton commmentaire sont si graves que ça! Et pour les accents rajoutés, un article est un article, c'est à dire autre chose qu'un commentaire.

Senh. 21/10/2005 14:41

Je me sens forcée d'ajouter un commentaire, maintenant. Je tiens à signaler que mon commentaire a subi quelques ajouts d'accents et autres subtiles variations lors de son transvasement, ce qui est vraiment très très grave, c'est certain, c'est d'ailleurs pour cela que j'en parle.

Non non, mon commentaire n'était point élogieux, je peux faire pire, pire dans le mieux, mais à vrai dire il voulait surtout exprimer (pour autant qu'un commentaire ait une volonté propre) que l'originalité de la rencontre avec ce livre, par l'intermédiaire d'un blog qui a eu l'heur de me plaire, m'a donné envie de l'acquérir, alors que ce genre d'acquisition était plutôt rare chez moi.

Ceci étant dit, je ne me suis pas encore procuré le livre en question. Ca va venir.