Brisures du temps et maison d'édition

Publié le par Adam Pianko

Lorsque j’ai terminé mon second roman il y a environ deux ans, il y en avait plus de dix que  j’avais publié le premier. Si bien que je me suis quasiment trouvé dans la situation d’un auteur débutant: Contraint de démarcher les éditeurs en envoyant mon manuscrit par la poste.

 Dans les trois mois qui suivirent mes envois, je reçus des réponses à tous, sauf un: Huit lettres de refus et une d'acceptation.  Le dixième éditeur, une petite maison du nom d'Allia, qu'un de mes amis m'avait recommandée, ne me me donna pas signe de vie, et j'en conclus que ce colis là s'était égaré. C’était soupçonner injustement la Poste, car cette dixième réponse vient  d’arriver. Voilà ce que j’y ai lu :

 

 

 

 

 

 

Monsieur,

Nous avons bien  reçu votre manuscrit Le Pavé originel, et vous remercions. Nous n’avons pas retenu votre texte en vue de sa publication. Cependant, je peux vous assurer qu’il a été effectivement lu, contrairement à certaines idées reçues. Malheureusement,  la taille de notre structure ne nous permet pas d’envoyer aux auteurs une réponse argumentée et circonstanciée. Je suis  bien conscient de ce que cela peut avoir de frustrant, et vous prie sincèrement de m’en excuser.

 

Suivaient quelques explications pratiques, le détail des modalités à travers lesquelles je pourrais, si je le souhaitais, récupérer mon manuscrit, moyennant la modique somme de 3 euros 62. Et c’était signé : François Escaig.

Deux ans pour lire un manuscrit de moins de 200 pages, et me faire savoir qu'on n'a aucun dessus. Il y avait de quoi être frustré. Heureusement que mon roman était publié.  En fait, cette lettre m’a plutôt réjoui. Elle ne pouvait pas tomber plus à propos. Mon prochain roman, celui sur lequel je travaille en ce moment, traite entre autres sujets, d’une possible rupture dans la marche du temps, le passé, le futur et le présent pouvant s’emméler les pinceaux. De plus, une aventure semblable m’est déjà arrivée, il y a quelques années, quand je travaillais dans le prêt-à-porter. A l’époque, je partais en Inde deux fois par an, pour dessiner des collections. Je descendais dans un hôtel de luxe, où un jour je reçus une lettre d’une femme dont j’avais été, et dont j’étais encore très amoureux. Mais elle m’avait quitté, et cette lettre n’avait aucun sens, compte tenu de notre situation présente, celle dans laquelle nous étions. Je la lus, la relus, et la relus encore, bouleversé, totalement désorienté.  Pendant deux ou trois jours, je crus que ce courrier venait d’un autre monde, où en tous cas d’un autre temps que celui dans lequel je me trouvais. L’explication en fait était plus prosaïque. Lors de mon séjour précédent, cette femme m’avait envoyé cette lettre,  que l’hôtel avait égarée. Craignant des représailles de leur direction, les employés avaient fait comme si de rien n’était, comme si cette lettre d’amour venait juste d’arriver. Et pour mieux m’embrouiller, ils m’avaient déposé l’enveloppe non pas dans mon casier, mais dans celui de la chambre que j’avais occupée  six mois plus tôt.  J’aurais pu me fâcher, mais là aussu je préférai m'en amuser. Je savais que les Indiens détestent perdre la face, ils feraient n’importe quoi pour l’éviter. De plus, par leur erreur, leur petite tromperie, les employés de cet hôtel m’avaient permis, à la façon de ces avions expérimentaux qui lors de vols en chute libre, débarassent pendant quelques instants leurs  passagers de la force de gravité, de me croire pendant un jour ou deux émancipé de la logique implacable de la marche du temps.

 

 

 

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céline 28/01/2006 18:33

Aurais-tu les références de la musique qui accompagne si bien ton interwiew ?

céline 28/01/2006 18:23

Non seulement j'ai vu les vidéos de façon anachronique mais en plus d'avoir des trous mon ordis à tout simplement bugué!!Ca n'est pas grave je me suis quand  même faite plaisir.

Senh 24/01/2006 12:22

Le temps avait déjà tendance à s'empatouiller les pinceaux dans Le Pavé originel, et il a l'air de vouloir commettre quelques révolutions encore cette fois-ci, entre mondes parallèles, maisons d'édition peu consciencieuses et lettres d'amour retrouvées, quel sera cette fois-ci le prétexte ? Une porte temporelle située dans des grottes au Mali ???

elisabeth 24/01/2006 03:23

C'est très beau ces deux histoires qui se font écho.

mitch 24/01/2006 01:59

salut Adam,il semblerait que toute les vidéo soient en ligne et fonctionnent bien à part quelques trous dans l'espace temps