quatrième extrait

Publié le par Adam Pianko

C'est dans un "five'o'clock tea" de la rue Szlisno que j'ai  fait la connaissance de Marysia. Ce jour là, j'étais venu comme client, mais je l'avais déjà remarquée un autre un jour, où j'étais là en tant que musicien. Installé sur l'estrade,  je jouais du piano. Avec deux de mes collègues,, un violoniste et un saxo, nous tentions pour la première fois d'exécuter Swing by love, un air de fox-trot  que Fred Astaire chantait dans Fox-trot, précisément. De nous trois, j'étais le seul à avoir vu le film, mais je l'avais vu au moins cinq fois. Tadeucz, le violon, avait du mal à attraper ce nouveau rythme, et ne cessait de le critiquer. Pour lui, le fox-trot ne ressemblait à rien. "Mais qu'est-ce que c'est que cette musique de nègres?"
- Une musique de nègres? avais-je protesté. Alors d'après toi, Fred Astaire serait un nègre?
- Qu'est-ce que j'en sais, moi, s'il ne l'est pas?
De vrai nègre en chair et en os, ni Tadeucz ni moi n'en avions jamais vu. Au cinéma, nous connaissions "Le chanteur de jazz", et justement ce nègre-là n'en était pas un.
Fred Astaire, ai-je alors déclaré, ne peut pas être nègre. Il est juif.
Tadeucz se le tint pour dit.

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