cinquième extrait

Publié le par Adam Pianko

Marysia était chatain, chatain moyen, tirant légèrement sur le roux. Je l'ai rencontrée au dancing Pruczkovska, un five'o clock tea de la rue Lashawski. A peine ouvert depuis cinq mois, on disait de cet établissement qu'il attirait les plus  belles filles de la ville. Mon frère MIetek et moi étions venus vérifier si c'était vrai.
Toutes les cavalières libres,  apparemment offertes à qui les inviterait. Les candidats danseurs n'avaient qu'à faire leur choix. Aujourd'hui, cet exercice semble plutôt facile, mais à l'époque, il n'allait pas de soi. Détailler une à une trente demoiselles, tout en faisant semblant de ne pas les regarder, qui n'a jamais fait ça ne sait pas ce que c'est que se sentir embarassé. Quant à me décider pour l'une d'entre elles, avant de m'y résoudre, je pouvais y passer l'après-midi.
Mon frère Mietek avait alors dans les dix sept dix huit ans. A voir ce qu'il est devenu, on ne croirait jamais qu''il ait été un beau garçon, mais il l'était. Je l'ai pris à part, et je liu ai dit: "Tu vois cette fille là, assise au bout de la rangée, avec le diamant et la robe de soie. Invite là à danser. Une danse ou deux, et puis après tu me la présenteras.
Pour satisfaire ses menus plaisirs, Mietek avait deux sources principales de financement: La générosité maternelle, et la mienne, quand j'avais besoin de lui. Pour une limonade, il aurait travesé Varsovie à pied, pour un verre de vodka en marchant sur les  mains. Mais Marysia était si belle qu'il me  demanda 50 zlotis. A quoi il ajouta, mais sans m'en avertir, le supplice de les  regarder interminablement danser.
Séparés l'un de l'autre, par deux mouchoirs stupides, ils formaient, je le voyais bien, un couple parfaitement assorti. Mon frère conduisait avec autorité, sa partenaire se laissait docilement guider. Avec une élégance impitoyable, ils exécutaient les pas précis du tango, une danse exotique et pleine de volupté, sans interrompre pour autant une conversation qui semblait enjouée. Je les aurais tués. Je me serais tué moi, pour entendre les mots qu'ils prononçaient.
Puis brutalement, Mietek se souvint de notre accord,  des 50 zlotis qu'i avait exigés, ou de ce qui l'attendait s'il me trahissait. Il orienta sa danse dans ma direction, s'approcha de moi, et me livra sa cavalière. "J'en prie beaucoup la demoiselle. Voici mon frère que je voudrais lui présenter."

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