Fred Astaire était-il juif?

Publié le par Adam Pianko

Qui l'était, qui ne l'était pas. On ne peut pas comprendre aujourd'hui l'importance qu'à une certaine époque, cette question pouvait avoir à Varsovie. Mon frère Mietek invitait-il à la maison un nouveau camarade de classe? Grand-mère Baba filait aussitôt dans sa chambre, d'où elle se mettait à nasiller le plus puissamment qu'elle pouvait: "Moniek! disait-elle, Monielè! Moniekelè! énumérant sans lui faire grâce d'un seul, les diminutifs en yiddish de son prénom.
    - Qu'est-ce que tu veux, Baba? Qu'est-ce qu'il y a?
    - Viens par ici, j'ai quelque chose à te demander.
    - Qu'est-ce que tu veux, Baba? Qu'y a-t-il de si pressé?
    - Ce garçon, là, que tu ramènes à goûter, est-ce qu'il est juif au moins? En es-tu bien certain?
Le père recevait-il à son magasin le représentant d'une nouvelle fabrique de Lodz, au repas de midi, on l'entendait s'interroger  à haute voix:  "Je me demande s'il l'est ou ne l'est pas.  Il m'a paru trop sympathique pour être polonais. Mais par ailleurs, s'il l'était juif, comment serait-il possible qu'il ait aussi mal marchandé?
Mais le danseur américain, celui  que de film en film j'admirais davantage, mon sentiment à son sujet se confirmait, jusqu'à atteindre la solidité granitique d'une Table de la Loi.
Son talent, son humour, sa grande réussite plaidaient pour lui. Juif, sa gloire retombait sur moi, comme celle d'Enstein, de Freud, ou même de Karl Marx.

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