La première fois que j'ai fait l'amour, c'était en présence de mes parents

Publié le par Adam Pianko

  « La première fois de ma vie que j’ai fait l’amour, c’était en présence de mes parents." 

 Lorsque je me suis lancé dans l'écriture de mon second roman, c'est par cette phrase que j'ai débuté. Le premier parlait de la vie de mes parents, et m’avait pris deux ans de la mienne, celui-là m’en a demandé douze, et c'est  peut-être parce que cette fois, c'est moi qui en suis le héros.

Du moins apparamment, car si Samuel Opianski me ressemble beaucoup, (peut-être même un peu trop), en réalité, ce n'est pas moi du tout. Ce point, très important, m'a bloqué pendant plusieurs années, j'ai fait une fixation dessus. Parce qu'un roman, un vrai, ne s’écrit pas à la première personne. Qu'un écrivain digne de ce nom, habité de l'ambition de voir le sien figurer dans l'Histoire de la littérature évite, chacun le sait, de trop parler de lui, ou en tous cas ouvertement. 

 

 

 

 

Mais le mal était fait.  A la page 125 de « La mélodie d’Alzenheimer », (Editions François Bourin, aujourd’hui épuisé, ce livre peut néanmoins s’acheter sur le Net, www.chapitre.com, 31 euros d’occasion), un personnage secondaire fait son apparition.  La scène se passe  au nord de la Russie, où  Moïse Opianski, le narrateur du récit, et son protagoniste principal, a été déporté. A des Tziganes de passage, il a acheté une boule de cristal, avec laquelle il prédit l'avenir aux paysans de la région, une façon amusante qu'il a trouvée d'augmenter ses revenus.  "Je ne sais pas, nous apprend-il alors, dans quelle catégorie, bonne ou mauvaise, j'aurais classé la naissance de Samuel, si je l'avais lue dans ma boule.  Marysia, (c'est son épouse), qui l'apprit de la bouche d'une doctoresse, jugea, pour ce qui la concernait, qu'il s'agissait d'une calamité. 

 La date et le lieu de naissance de ce futur Samuel, identiques aux miens, ainsi que la parenté de nos deux  noms, Pianko, Opianski, font inévitablement naitre le soupçon.

Comment ne pas soupçonner que ce Samuel, qui nait au cours de l'hiver 1942, le 4 février dans un camp de travail au nord de la Russie, c'était moi? Or, ce n'était pas le cas. J'avais puisé dans ma biographie certains détails concernant mon héros, mais c'était uniquement pour des raisons de commodité, comme on situe une action dans un lieu qu'on connait. Ce Samuel Opianski me ressemble peut-être, mais il dispose néanmoins par rapport à moi d'une autonomie totale, en tous les cas bien supérieure à celle que mes créateurs à moi m'ont octroyée. 

Dans « Le Pavé originel», (Editions de La Martinière. 13 euros dans toutes les bonnes librairies, et bien sûr sur le net) Samuel reste puceau jusqu’à l’âge de 26 ans. Moi, à cet âge, il y avait longtemps que je ne l’étais plus. A vingt six ans, j’étais marié, et de toutes façons, je n’avais pas attendu d’accéder à ce statut pour jeter par-dessus bord ma virginité.  Et le jour où je le fis, j'aurais bien aimé voir que mes parents, ou un quelconque de mes ancêtres se permette d'assister à cet évènement ! Il fallait donc que je lève le doute, que je torde le cou à la rumeur selon laquelle ce "pavé originel" ne serait qu'une autobiographie déguisée.

"La première fois de sa vie que SAMUEL fit l'amour", précisai-je donc dans une nouvelle mouture de ce début de roman, "c'était en présence de SES parents. "

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

 

 

Publié dans LA PREMIERE FOIS

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zerari farid 25/07/2005 12:25

adam tu dechire