Comment on ne devient pas révolutionnaire. L'argent, le commerce et la révolution.

Publié le par Adam Pianko

Pourquoi, lorsque j'étais adolescent, ai-je tant voulu être révolutionnaire ? 

 

Si je pose la question, c’est qu’à l’époque, adolescent ou pas, je sais bien aujourd'hui que toute cette affaire, les tracts, les défilés, les réunions,  cette histoire m'ennuyait, et je ne parle même pas des cours de théories, des lectures indigestes que je me croyais tenu d'ingurgiter -Marx, Engels, Duhring - ni de la  peur, la trouille au ventre qui s’emparait de moi, dès qu’une matraque policière apparaissait à l’horizon. Alors, pourquoi diable ai-je cru dur comme fer que la vie de révolutionnaire était la seule qui méritait d’être vécue ?

 

Dans Le Pavé originel, (13 euros maximum, dans toutes les bonnes librairies, et sur le net Fnac.fr) l'explication que je donne de ce sentiment est qu'il releve de l’atavisme, que les Juifs auraient en somme la révolution dans le sang. 

 

"Grynberg, Rozenblum, Weber, Cohen, Blum, Opianski, l'énoncé de ces noms indique que l'Organisation des Travailleurs Prolétariens ne faisait pas exception à cette règle qui voulait que les groupes révolutionnaires comptent dans leurs rangs une proportion considérable d'individus issus d'une certaine population. Initiée par Karl Marx lui-même, illustrée par une longue liste de militants et de dirigeants: Trotski, Boukharine, Ryko, Yakoda, Rakovsky, Zinoviev, Kameniev, Karl  Liebnecht, Rosa Luxembourg, Artur London, et bien d'autres encore, le phénomène peut paraitre étonnant, mais à la réflexion, il s'explique sans difficulté. Comment ne pas être impatient de faire table rase du passé, lorsqu'on a des ancêtres qui se sont acharnés à le conserver sans aucun changement?" 

 

Il y a quelques jours à la radio, j’ai entendu le philosophe Alain Finkelkraut raconter comment,   lycéen studieux, préparant le concours d’entrée à l’Ecole Normale Supérieure, il s’était enrôlé dans un groupe prochinois, un groupe se réclamant de ce qu’on appelait alors « la pensée de Mao ». Je ne me souviens pas des termes exacts qu’il a employés, mais l’idée était bien celle-là: Comment ne pas être impatient de faire table rase du passé, quand on est juif et qu’on a l’âge d’entrer dans la vraie vie ? 

Dans mon cas à moi, à cette impatience de jeter par dessus bord les contraintes de la tradition, est venue s’ajouter la volonté de prendre des distances, de me désolidariser radicalement, ou en tous cas autant que faire se pouvait des rapports passionnels que dans ma famille, on entretenait avec l’argent.

"L'argent, fais-je dire dans mon premier roman à un personnage qui ressemble beaucoup à mon père, je me demande parfois si je l'ai vraiment aimé. J'ai passé en tous cas ma vie à le poursuivre, à essayer de m'en procurer. Certains se comportent ainsi avec les femmes, moi c'est avec l'argent. J'en ai gagné beaucoup, mais je n'ai jamais eu beaucoup de plaisir à le dépenser." 

A l'époque où j'écrivais ce livre, mon père me raconta un souvenir, qui m'amusa sur le moment, et qui par la suite me donna à penser. 

 Il avait près de vingt ans, quand la nouvelle de la révolution soviétique parvint jusqu’à Varsovie. Et cette nouvelle l’enchanta. Le personnage de Lenine particulièrement, avec son idée de communisme, dont mon père croyait qu'il l’avait inventée. 

 

   - Tu t’imagines un peu, un monde sans argent ! Un monde débarassé de cette saleté, quel soulagement ! Tout le monde mangerait à sa faim. Personne ne manquerait de rien. 

 

- D’accord, lui objectai-je, mais dans ce monde idéal, que seraient devenus les commerçants?  Que serait devenu un homme comme toi ? Quelqu’un qui ne sait rien faire d’autre que de vendre et acheter.  

 

Il réfléchit quelques instants avant de répliquer. 

 

- J'ai tourné commerçant, parce que l’idée de Lenine n’a pas marché. Mais à l’époque, il est vrai que je savais déjà assez bien vendre et acheter, mais je savais aussi, et pas trop mal non plus, jouer de l’accordéon. 

 

Je ne me souviens pas ce que j’ai répondu.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans LA PREMIERE FOIS

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elisabeth 12/09/2005 01:49

Chr Adam, j'ai eu enfin le temps de regarder à fond le site et ton roman a l'air de faire-part d'un vécu et de thème passionnants. Je le commanderai c'est promis, dès que mon mari va en France, c'est-à-dire la semaine prochaine.Il passera pour moi à la FNAC. Et merci encore de ton message sur notre site. je te tiens au courant dès que j'ai lu ton roman, pour te donner mes impressions. Et j'attends les tiennes avec la plus grande impatience sur le mien !!! Merci de vouloir le lire, ça me fait très plaisir.