blog notes numéro 4. Dernières nouvelles du front.

Publié le par Adam Pianko

Dans son premier roman: "Extension du domaine des luttes", Michel Houellebecq expose et développe une curieuse théorie. Prenant pour modèle la vieille thèse marxiste de "La paupérisation absolue", il la met au goût du jour, ou en tous cas à son goût à lui, en la transplantant du champ social vers celui de la vie privée.

De la même façon que pour Karl Marx, l'enrichissement de la classe capitaliste s'accompagne inévitablement de la paupérisation absolue du reste de la société, prolétariat et paysannerie, l'évolution des moeurs, la levée des interdits moraux permettraient selon Houellebecq à une minorité de nantis de bénéficier, en matière de partenaires et de pratiques sexuelles, d'un choix démesuré, dont le reste de la population serait totalement privé. Solitude et masturbation seraient du coup le lot des exclus de la modernité.

On pourrait élargir à d'autres domaines le champ de ce raisonnement  et particulièrement à celui des livres, sachant qu'il s'en publie de plus en plus, et qu'il s'en lit de moins en moins.

J'affirme quant à moi que l'inflation de livres, que la prolifération des romans nouveaux sur les rayons des librairies (Plus de 650 romans pour cette seule rentrée d'automne) n'est pas fortuite, mais délibérément organisée. Elle est voulue par des as du marketing, des experts en manipulation, en vue d'un résultat précis: Faire en sorte que désemparé devant ce choix déraisonnable, l'acheteur potentiel soit contraint de se rabattre sur les seuls titres qu'il connait, les seuls auteurs dont il a entendu parler.

A l'époque où j'y travaillais, une histoire juive  circulait dans les milieux du prêt-à-porter.

- Dis-moi, Schlomo, j'ai un stock de manteaux à te proposer. Ils sont beaux et pas chers. Tu vas les vendre très facilement.

Dès réception de la marchandise, Schlomo téléphone, furieux.

- Yankel, tes manteaux! Ca ne va pas du tout!

- Qu'est-ce qui ne  va pas?

- Il l leur manque une manche, à tes manteaux. Ils n'ont qu'une seule manche, voilà ce qui ne va pas.

- Et alors ?  

-  Alors, mes clients ont deux bras. Ca fait qu'ils ne peuvent pas les mettre, tes manteaux. Personne au monde ne peut les mettre!

- Peut-être bien, mais ce n'est pas pour être mis, qu'ils sont faits. 

- Alors pourquoi?

- Ben, voyons! Mais pour être VENDUS ! 

Ainsi en va-t-il aujourd'hui dans le monde des livres, des romans. Ceux qui se vendent ne sont pas faits pour être lus. Ils ne sont même pas écrits, leurs auteurs étant trop occupés à devenir célèbres, à faire en sorte qu'on parle d'eux.

Si je dénonce ici cette situation, ce n'est pas parce qu'elle me dérangerait personnellement. La vie d'un écrivain est presque aussi agréable, que ses livres se vendent ou non. Célèbre ou inconnu, un écrivain est en tous cas toujours respecté. Et bien traité. On le complimente, on l'invite à des salons. La semaine dernière j'étais à Besançon, dans quelques semaines je serai à Saint Etienne, tous frais payés. Il peut même s'il le veut, faire partie de ces privilégiés du sexe, dont Houellebecq s'estimait exclu, avant qu'il ne sombre dans la pornographie. Il n'y a pas que des inconvénients à ne pas être une célébrité. Si je dénonce cet état de fait, ce n'est pas pour prendre la défense de mes intérêts,  mais par souci de celui des lecteurs, qui sont gravement lésés. On leur cache l'existence de livres parfaitement intéressants, enjoués, de livres distrayants, bien écrits, intelligents, au seul motif que leurs auteurs ne passent pas à la télé.

C'est pour remédier à cette situation que je mène ce blog. Pour faire connaitre aux lecteurs, sauver de l'oubli à leur intention peut-être pas tous les romans susceptibles de les enchanter, mais quelques uns d'entre eux, et en tous cas le mien. Telles que les choses se passent jusqu'à maintenant, il n'est pas certain que je n'y parvienne pas.

Dernières nouvelles du front: Une chaine de télé est venue me filmer. Une télé locale, rassurez vous. Toujours est-il que pendant deux semaines, à partir du 6 octobre prochain, TVM Est Parisien va diffuser un petit film sur moi, et même deux films, sur sur ma vie, mon roman, et mon passage de quelques années à Montreuil / bois, lorsqu'â l'âge de six sept ans, je suis arrivé en France d'Ouganda. Et donc rendez-vous RV à la fête du livre de  Saint Etienne, les 15 et 16 octobre. La fête commence le 14, mais je n'arrive que le lendemain.

Publié dans BLOG NOTES

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pierre-yves 28/10/2005 14:15

Je commence une tournée des blogs livres. Je me dis que nous sommes une force de prescription pour les lecteurs potentiels et qu'il conviendrait de le faire savoir aux éditeurs et pourquoi pas aux magazines littéraires divers.
Qu'en pensez-vous?

rafic 28/10/2005 12:25

salut Adam c'est rafic ton site et pas mal du tous la je suis entrain de bossé appelle moi ...

Lenaig 16/10/2005 13:35

Comme nous le disions hier soir au dîner de la fête du livre à Saint-Étienne, je suis tout à fait d'accord sur le fait que trop de livres sortent en librairie et que le choix de nos lectures est largement influencé par les médias, malheureusement. Nous passons sûrement à côté de tant d'aventures passionnantes !

Restez toujours comme vous l'êtes, simple et intéressé par les autres comme vous avez su l'être, ce fut un plaisir de bavarder avec vous.

Bon courage pour votre blog, je reviendrai...

senh 29/09/2005 10:15

Intéressante note, en effet, je ne doute pas que tout ce petit monde de l'édition soit très organisé, et même certains magazines littéraires, bien que lus par un certain public seulement, y participent aussi. De manière volontaire ? Je ne l'espère pas.

Une toute pitite correction, le titre du premier roman de Houellebecq est exactement Extension du domaine de la lutte.