Juifs polonais et ancêtres pygmées: La première fois qu'ils se sont rencontrés.

Publié le par Adam Pianko

  « La première fois de sa vie que Samuel Opianski fit l’amour, ce fut en présence de ses parents. »  

 

 

    Lorsque cette phrase me vint à l’esprit, il y avait quelques mois que j’avais publié « La Mélodie d’Alzenheimer », mon premier roman, et je cherchais en vain une idée pour le second.

 Je visualisai immédiatement la scène : la clairière en forêt de Rambouillet, l’adolescent anxieux de ce qui allait lui arriver, sous le regard goguenard,  vaguement intéressé d'une foule d'ancêtres, des Juifs du passé. Cette situation était étrange, mais je sentis tout de suite qu’elle  me concernait, qu'elle me touchait de près, bien que la première fois que j'avais fait l’amour, mes parents n’étaient pas là du tout. Ils n’avaient pas souhaité assister à cet évènement, et me l’avaient fait savoir sans ambiguité.

 J’avais, quand la chose se passa, un peu moins de vingt ans, et une petite amie, qu’ils connaissaient. Elle n’était pas juive, mais cela ne semblait pas les déranger. En tous les cas, ils la recevaient à la maison, et l’invitaient parfois à rester pour le diner.

 A l’époque, nous étions mon amie et moi, très friands de films suédois, et à la fin d’un de ces repas familiaux, j’annonçai à mon père qu'elle allait dormir là. Dans ma chambre, dans mon lit, avec moi. Mon père ne souffla mot,  mais alla s’enfermer dans sa chambre à lui, entrainant derrière lui son épouse, ma mère. Il en ressortit quelques minutes après, et m’annonça que tout bien considéré, il n’était pas question que je fasse ce que j’avais dit. Mon amie ne pouvait pas passer la nuit à la maison. Elle ne pouvait pas non plus rentrer chez elle, l’heure du dernier métro étant passée, mais cette considération n’ébranla pas sa détermination.

 

  « Faites ce que vous voulez, je n’ai rien contre, mais ça ne peut pas se passer ici. »

 Alors où ?

 Où nous voulions. A l’hôtel, sous un pont, à l'Armée du Salut. Et c’est ainsi que nous nous retrouvâmes, deux pauvres candidats au dépucelage, respectivement âgés de 17 et de 19 ans, dans la forêt de Rambouillet.

Je plaisante bien sûr, nous ne sommes allés dans aucune forêt.  Trois étages au dessus de l’appartement, mes parents possédaient une chambre de bonne inoccupée,  qui me servait à l'occasion pour y réaliser des tirages photos, et dont à ce titre j'avais la clé. Une mansarde sans eau, sans électricité, avec WC sur palier.

La scène du dépucelage de Samuel, telle que je l'ai racontée dans « Le Pavé originel », est totalement le fruit de mon imagination, et je vois pourtant que cette scène a quelque chose de vrai. Lors de mon dépucelage à moi, mes père et mère n'étaient pas là, mais leurs parents à eux ne devaient pas être loin, d'où leur gêne, à l'idée que ça pourrait se passer à la maison.

 

Cette grande scène écrite, j'avais le début de mon livre, j'avais aussi à peu près la fin, mais je n'étais pas tiré tiré d’affaire pour autant, car je ne savais pas trop ce que j’allais mettre entre les deux.

Parmi les quelques grandes questions qui restaient à résoudre, il y en avait une sur laquelle je peinai longtemps : Pourquoi les ancêtres de mon personnage el venaient-ils ainsi le persécuter ? Quelles étaient leurs motivations ? Quelle était la justification d’un tel comportement , s’agissant de Juifs polonais, qui craignaient Dieu de leur vivant, et qui une fois morts, devaient, selon toute vraisemblance, attendre le Jugement Dernier sans s’occuper de rien? Leur culture, leur religion, rien ne les prédisposait à s’occuper si activement du sort d’un de leur descendant !

 C’est alors qu’il me revint à l’esprit les quelques années qu’enfant j’avais passé en Ouganda, où j'étais arrivé à l'âge de un an pour n'en repartir que vers cinq ou six.  De ce séjour africain, je n’avais gardé que des souvenirs vagues : Un village isolé de chaumières en terre battue, sur une colline surplombant un lac, dans lequel nageaient toutes sortes d'animaux dangereux, crocodiles et hyppopotames, avec à l’horizon une forêt vierge encore plus inquiétante. Pourquoi ne pas imaginer une tribu pygmée au cœur de cette forêt ? Mon personnage aurait alors pu être mis en contact avec eux. Et les ancêtres de ces Pygmées, auraient, de leur coté, fait connaissance avec les miens, je veux dire avec ceux de mon héros. 

J'imaginai comme une contamination.  Samuel a des amis pygmées, qu’il a pour habitude de suivre dans la forêt, et qui un soir, l’invitent à y rester, pour partager toute une nuit durant une rencontre rituelle avec leurs ancêtres,  les Esprits de la forêt. Le lendemain, il a tout oublié de cette cérémonie, mais le contact avec cette religion, si différente de celle de ses ancêtres l’a en quelque sorte imprégné, contaminé. Et à eux, elle a pu leur donner des idées. 

 

  « Bien qu’elle soit différente de ce qu’on appelle "La vénération des Anciens", la religion batshua (C’était le nom de cette tribu) s’apparente au culte des ancêtres. A la base se trouve la croyance que les Morts restent en contact étroit avec leurs descendants. Leurs Esprits sont là, dans le campement, autour du feu lorsqu’il fait froid. Ils peuvent se faire entendre à chaque fois qu’ils le désirent. Il n’est pas interdit de leur répondre, et s'ils le veulent, ils comprennent ce qu’on leur dit. Ils désirent, après leur mort, continuer à exercer sur leurs descendants, la même influence que de leur vivant. Parmi ces descendants, certains  les considèrent comme une source possible de bénédiction, mais la plupart d'entre eux sont d'avis qu'on ne peut en attendre que des embêtements »  

 

 

 

 

 

 

Publié dans LA PREMIERE FOIS

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Audrey 02/11/2005 21:42

Je suis heureuse que vous m'ayez donné ce livre que j'ai lut avec plaisir !
Je commence a parler un peu aux gens qui m'entourent de ce que vous faite et j'ai meme prété le livre a un ami
Je continuerait a en parler quand j'aurait internet un peu plus regulierement !

A trés bientot !